NaNoWriMo: c’est parti!

 

Réveil à 6h30 ce matin pour me préparer à attaquer en douceur. Il faut savoir que d’habitude, je bosse le samedi, donc un long week-end pour commencer le NaNo en douceur, c’est parfait pour moi.
Donc, ce matin, j’ai réussi à pondre 2120 mots en 2h30 ( ce n’est apparemment pas beaucoup:) ), avec un début de chapitre qui me plaît pas mal. Cela faisait un moment que je n’avais pas écrit, il me fallait retrouver mes personnages et donner une voix à l’un d’eux. (un p’tit nouveau, mais pas des moindres )

Allez, comme je partage des morceaux sur CoCyclics, mais que vous n’y êtes pas forcément inscrits, voici le résultat partiel de mes cogitations de ce matin :

Le son cristallin de la pluie sur le fleuve résonnait depuis des heures. L’averse ne semblait pas vouloir s’arrêter et aussi vitale que fût l’eau pour les terres desséchées du Kemet, cette musique horripilait Aenar. À moins que ce ne fût l’immobilité. Ou les deux… Attendre sans savoir énervait le guerrier. « Qu’est-ce qu’il fait ? Bon sang, on va l’attendre combien de temps comme ça ? »
Trois jours s’étaient écoulés depuis leur départ précipité de Busiris. Taleb ne leur avait donné aucune nouvelle. Il pleuvait des cordes, la boue s’insinuait sous leurs vêtements et la nuit, le vent mugissait avec rage autour de leur abri de fortune. La proximité de Shur contrariait encore davantage Aenar. Si seulement ils avaient rejoint la caravane précédente ! Ils seraient alors au chaud, loin des intempéries violentes autour du delta. Au lieu de cela, ils restaient coincés là, à attendre que le capitaine daigne les rejoindre.
« D’ici à ce que les sethites nous trouvent, on aura tout gagné », maugréa-t-il en se levant.
Il arpenta les abord de leur cachette de long en large. Un simple renfoncement sous la roche, qui leur procurait à peine de quoi s’abriter de la pluie, mais un point de vue inégalable sur Shur. Au moins, le vent ne soufflait plus à décorner les bœufs ; pour l’instant en tous cas. Pour avoir passé des années sur ces terres noires, Aenar connaissait le rythme des saisons, notamment celle des orages, pendant laquelle Seth s’époumonait des semaines durant. Toute l’eau d’une année paraissait s’abattre sur le pays, faisant déborder Neilos, irriguant les champs et enrichissant la terre. Voyager durant cette saison devenait compliqué, les tempêtes de sable traversaient le désert et ralentissaient les convois. La saison des orages ne manquait pas d’amener son lot de déveines, comme Aenar avait de nouveau pu le constater.
Le nordique ne passait pas une heure sans s’interroger sur la raison de sa présence ici. Pourquoi avait-il suivi les ordres de Taleb ? Pourquoi diable restait-il auprès de cette fille qu’il ne connaissait pas ? Pourquoi malgré l’absence de réponse à ses questions ne prenait-il pas ses affaires pour échapper à la nuée de problème qu’elle semblait traîner dans son sillage ?
Il se tourna vers elle, assise dans l’ombre des rochers, les genoux repliés sous son menton. Les traits tirés de fatigue, elle contemplait le fleuve en silence. Ses yeux couleur saphir ne cillaient pas. Parfois, ses doigts fins se crispaient sur ses tibias nus, comme si une sombre pensée traversait son esprit, mais aucune expression ne venait animer son joli visage.
Qui es-tu ? songea Aenar. Je connais ton nom, mais ça ne me dit pas pourquoi tu exerces un tel pouvoir sur moi.
En Sörter, on racontait nombre de légendes sur les enchanteresses. Femmes-faës, elles se cachaient dans les bois, dans les rivières, à l’affût des imprudents prêts à tomber sous leur charme. En Kemet, Aenar avait réalisé que la séduction coulait en abondance dans les veines de la gent féminine. Combien de fois avait-il succombé à des yeux de biche, à des parfums ensorceleurs, à des peaux tièdes et soyeuses ? Cela ne l’avait jamais empêché de repartir. Sa rencontre avec Alaia, en revanche, lui avait laissé un sentiment totalement étranger. « J’ai tellement prié pour que tu reviennes me chercher. Mais tu ne l’as pas fait. Ce soir, tu es là. Tu es de retour. S’il te plaît, ne repars pas… Dis-moi que tu ne me laisseras plus.», avait-elle imploré. La gorge nouée, Aenar avait senti un feu étrange parcourir chaque fibre de son être et avait compris qu’il ne parviendrait pas à partir. Était-ce de la sorcellerie ? Le guerrier n’aurait pas su le dire. Il avait déjà affronté des sorciers ; des nécromants et leurs troupes de non-morts en passant par les ritualistes accompagnés de leurs minions démoniaques, leurs pouvoirs pouvaient se révéler dévastateurs. Mais il n’était pas préparé à devoir baisser les armes devant le visage, aussi parfait fût-il, d’une jeune fille. […]

So romantic, n’est-il pas ?

Il serait pas mal comme ça Aenar, hein? - ben non, désolée :) oh, quoique…

Il serait pas mal comme ça Aenar, hein? – ben non, désolée :) oh, quoique…

 


En fait, pas vraiment. Aenar n’aime pas réfléchir trop longtemps. Dans peu de temps, il sera en train de cogner quelqu’un ! :)
Comme c’est le NaNo, c’est un premier jet, jeté au « feeling », et naturellement perfectible. Néanmoins, je n’en suis pas mécontente. La suite au prochain épisode, les amis ! Je reprendrai peut-être l’écriture en fin de journée, au gré de l’inspiration.

 

Visite du temple d’Astarté

J’avance gentiment dans mon challenge, aussi vais-je vous offrir un extrait pour fêter ça!

Le contexte:

Alaia vient de rencontrer la grande prêtresse, une charmante vieille femme qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui a montré un grand intérêt envers la jeune fille. Puis, Alaia s’est fait gentiment congédier pour laisser les « grandes » papoter, ce qui lui donne l’occasion de visiter les alentours et de faire une rencontre pour le moins étonnante.

« Alaia quitta la Maison de Vie pour retrouver la chaleur écrasante de l’extérieur. Le parfum des fleurs porté par le vent la réconforta. Son entretien l’avait laissée dubitative. À bien y penser, personne ne se préoccupait de son avis. Nessato et Sak’Hathor semblaient toutes deux avoir une idée très précise de la manière dont elles allaient gérer sa vie. Comme la Confrérie jusqu’ici, songea-t-elle avec dépit.

Elle marcha à travers les jardins en direction du sanctuaire. Une allée de sphinx semblait surveiller l’accès. Le soleil illuminait leur silhouette féline en calcaire. Continuant son chemin, elle pénétra dans une cour bordée par deux doubles rangées de colonnes, chacune entièrement peinte de fresques rehaussées d’or. Des serviteurs étaient occupés à balayer les dalles. À côté d’eux, un groupe de jeunes gens vêtus de robes blanches devisait sereinement. Huilés et légèrement fardés, ils avaient tous – garçons et filles – le crâne rasé. L’un d’eux, un jeune homme aux traits agréables, menait la conversation et faisait doucement rire ses camarades. Tous prenaient garde à ne pas exprimer leur bonne humeur trop fort, par égard envers la quiétude de l’endroit.

Alaia passa à bonne distance d’eux, craignant d’attirer leur attention. Elle traversa la cour et gravit quelques marches, pour trouver face à elle deux piliers bordant la porte du sanctuaire. Deux gardes en barraient l’accès. Des hommes vêtus de tuniques rouges et d’une cuirasse polie, lances croisées. Ce n’étaient pas des faucons, comprit-elle. Le symbole sur leur armure était le même que sur les oriflammes du temple, une femme ailée dotée d’une couronne. Là devait se trouver la limite des quartiers accessibles aux laïcs. Alaia fit demi-tour et retourna dans les jardins. Elle s’approcha des murs d’enceinte, les examinant avec un œil professionnel. Quelques aspérités permettaient aisément de les escalader malgré une hauteur décourageante de prime abord. Cet édifice ressemblait à une forteresse au cœur de la cité, tout comme la caserne, et l’inquiétant temple de Seth. Néanmoins, vu de près, s’infiltrer dans la demeure de la déesse ne semblait pas relever de l’exploit. Cela ne devait pas les inquiéter. Qui aurait voulu du mal aux serviteurs d’Astarté ? Outre le fait que ce temple abritait les plus séduisantes personnes de la province, les prêtres avaient coutume de soigner les malades et d’aider les femmes à accoucher. Tout le monde les appréciait.

Son oreille attentive perçut le son ténu d’un pas que l’on voulait discret. Elle allait se tourner quand des mains tièdes se posèrent sur ses yeux, lui bouchant la vue. Une voix rieuse s’exclama :

— Surprise !

Alaia retint un geste défensif, son instinct lui soufflant qu’elle n’avait rien à craindre. Elle se tourna pour faire face au jeune homme qu’elle avait vu dans la cour intérieure. Ses sourcils étaient rasés, ce qui rendait son visage plus jeune qu’il ne devait l’être. Il se tenait presque contre elle, et cette proximité la gêna.

— Qui es-tu ? Demanda-t-elle d’un ton neutre.

— Je te retourne la question, beauté parmi les beautés ! Je ne t’ai encore jamais vue par ici.

— Je n’ai pas l’habitude de répondre aux effrontés dans ton genre, répliqua-t-elle avec un sourire en coin.

Il s’écarta d’elle en riant, et fit une courbette :

— Pardonne-moi, si je t’ai effrayée ! Je me nomme Horops, aspirant hémérologue sous les ordres du puissant Hetepep. Me diras-tu comment tu t’appelles, à présent ?

— Alaia.

— Laconique, directe, concise. Une fleur issue du désert, à la beauté sauvage et durable.

— C’est un compliment ?

— Oh oui ! Puis-je me permettre de te demander ce que tu fais ici ?

— Je suis la disciple de Dame Nessato. Elle m’a accueillie chez elle. Je vais étudier là-bas, précisa-t-elle en pointant la Maison de Vie du doigt.

— Incroyable ! Tu vas devenir une houri, alors ? Ma chère, il faudra absolument que nous fassions l’amour tous les deux !

Alaia rougit jusqu’à la pointe des oreilles.

— Pardon ?

— Oui ! On dit que les houris sont de merveilleuses amantes ! Hélas, Nessato ne me regarde même pas dans mes rêves. Alors j’aimerais me donner des chances avec toi, si tu veux bien.

— Tu parles de ça comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

— C’est le cas ! Nous sommes les enfants d’Astarté, nous offrons l’amour, sous toutes ses formes. Personnellement, j’aime bien en recevoir aussi en retour…

— Tu risques d’être déçu.

— Dis-moi, as-tu déjà visité le temple ? Je peux peut-être te servir de guide.

Hésitante, elle l’observa en tentant de contenir son embarras. Elle n’était pas habituée à tant d’exubérance.

— Ne t’inquiète pas, Alaia. Je n’en parlerai plus… pour aujourd’hui ! précisa Horops avec un clin d’oeil.

Il lui prit la main et la ramena vers le sanctuaire. Se faufilant derrière les colonnes, il lui montra les salles de fête où avaient accès les laïcs. Alaia fut étonnée en entrant dans d’immenses pièces vides.

— J’imaginais ça différemment, plus richement décoré.

— Inutile, répondit Horops. Le soir, des orgies monumentales ont lieu ici, pour honorer Astarté. Tu n’imagines pas comme le vin coule à flots, au point de rendre malades les fidèles. Le temple ne va pas investir dans du mobilier coûteux pour le voir ravagé par de l’urine ou du vomi !

— C’est écœurant !

— Peut-être, mais c’est vrai !

Peu de meubles, nota Alaia, mais des peintures et fresques sur toute la surface des murs ; une débauche de couleurs sur les pierres claires de la demeure divine. Elles représentaient des scènes d’amour, parfois de luxure effrayante, impliquant des créatures ailées. Horops lui expliqua qu’il s’agissait des filles d’Astarté, les Érinyes, des femmes sensuelles et démoniaques qui se nourrissaient des passions charnelles. Certaines cérémonies au temple leur étaient dédiées, et à cette occasion un couple copulait jusqu’à la mort, après avoir ingurgité des drogues qui les maintenaient dans un état d’intense excitation.

— Quelle belle mort ! jubila-t-il en souriant.

— Tu es fou, se moqua gentiment Alaia.

— Qui ne l’est pas ici ? Sortons, je n’ai pas le droit de te montrer le naos, mais je vais te montrer les autres bâtiments.

— C’est quoi le naos ?

— La maison de la déesse, là où nous accueillons sa statue. Elle serait contrariée qu’une profane vienne l’y déranger.

Les prêtres les regardèrent passer avec des mines étonnées. Horops fit quelques saluts au passage. Il semblait perpétuellement de bonne humeur. Quelques pas dans les jardins, et ils arrivèrent à l’entrée d’une grande maison presque semblable à celle qu’avait visité Alaia un peu plus tôt. D’étranges symboles décoraient le fronton.

— L’école des mystères… c’est là que nous apprenons les rituels mystiques. J’y étudie depuis deux ans maintenant.

— Tu dois être très savant.

— Je m’applique, dirons-nous.

— Alors la Maison de Vie est là pour préparer les novices, c’est ça ?

— Oui. C’est là que dorment les prêtres, mais aussi là que sont enseignés les fondements de notre culte. Une fois initiés, les novices passent le plus clair de leur temps en prière ou à l’étude.

— Mais alors, que fais-tu là ? Tu n’as pas de travail ?

— Accueillir fait partie du travail. Tu es nouvelle, et tu es seule. Il ne serait pas correct que je te laisse livrée à toi-même.

Le novice mena sa nouvelle amie jusqu’aux murs d’enceinte, par là où elle était entrée. Au-dessus des portes, elle distingua un poste d’observation où deux hommes armés montaient la garde.

— Il y a une cohorte de soldats chargés de veiller à la sécurité du temple, expliqua Horops. Ils sont dirigés par le capitaine Xeraton. Comme il n’y a jamais d’attaques à déplorer ici, on va dire qu’ils servent principalement de garde-chiourmes, tu vois ce que je veux dire ?

— En gros, ils sont là pour éviter que les novices n’aillent se saouler en ville ?

— Exactement ! répondit son camarade en souriant. Leurs quartiers se trouvent là bas, précisa-t-il en montrant une maison de pierres de plain-pied non loin des portes. Je préfère te prévenir au cas où, un jour tu aurais envie de partir en balade.

— Cela arrive souvent ?

— Plus qu’ils l’imaginent en réalité. Mais je ne t’ai rien dit ! Ah oui, il faut aussi se méfier du chien.

— Un chien ? Où cela ?

— Mieux vaut ne jamais croiser son chemin, crois-moi !

— Il est dangereux ?

— Il a déjà blessé plus d’un novice. Viens, suis-moi.

Horops la conduisit vers le quartier des gardes. Alaia sentit peser sur elle des regards appuyés de la part de quelques soldats. Quelques rires graveleux s’élevèrent derrière eux. Soudain, un son différent se fit entendre : des grognements. Le garçon marcha sur la pointe des pieds, et par instinct, Alaia l’imita. Un peu à l’écart, attaché à une épaisse chaîne, un impressionnant molosse noir et luisant était occupé à dévorer une carcasse. Ses crocs blancs écrasaient les os comme de simples brindilles. Il répandait de la bave autour de lui à chaque fois qu’il ingurgitait des lambeaux de chair de son repas. Ses yeux perçants et son museau aplati lui donnaient l’aspect d’un chien issu des enfers de Seth. Ses énormes pattes griffues auraient sans nul doute pu arracher la tête d’un enfant d’un coup. Alaia s’immobilisa.

— C’est Het-Psu, souffla Horops. Il n’y a pas de gardien plus effroyable ici. Il intimide même les gardes.

— Il est épouvantable, souffla-t-elle.

— C’est son rôle, dit une voix grave dans leur dos.

Les jeunes gens se tournèrent dans un sursaut. Un homme mince, aux cheveux auburn ondulés, les dévisagea sans aménité de ses yeux en amande à l’éclat ambré. Alaia se raidit devant la profondeur de son regard. Elle n’aurait pas été surprise de le voir sortir les crocs, tant son aura respirait l’animalité. Il portait la tenue des gardes du temple, une tunique rouge et des cnémides. Il croisa les bras, et Alaia eut l’impression qu’il reniflait l’air ambiant.

— Vous n’avez rien à faire là, les mômes ! Het-Psu a horreur qu’on le dérange pendant son repas…

— Salut à toi, Ashurwan, répondit gaiement Horops, je montrais juste les lieux à la nouvelle. Alaia, je te présente Ashurwan, le dresseur d’animaux, notamment de ce monstre-là !

— La visite s’arrête ici, rétorqua Ashurwan d’un ton froid, dégagez !

Sans se faire prier, Horops et Alaia décampèrent en courant. Ils se cachèrent plus loin, et Horops sourit malicieusement.

— Si le chien est effrayant, son propriétaire n’a rien à lui envier, n’est-ce pas ?

— Ce regard… il transperce. J’ai rarement ressenti ça.

— C’est un excellent dresseur. Il domestique n’importe quel bestiau sans peine.

— Pourquoi le temple a-t-il besoin d’animaux ? Le bétail n’a pas vocation à être dressé.

Horops se racla la gorge.

— Certains rites nécessitent des sacrifices, et la déesse réclame parfois des spectacles… particuliers…( Alaia le regarda sans comprendre, et il leva les yeux au ciel) qui impliquent humains et animaux. Voilà pourquoi le travail du dresseur est essentiel.

Une vague nausée monta à la gorge de la jeune fille. Que faisait-elle dans un endroit pareil ? Sa pâleur alarma Horops.

— Non, mais ne t’inquiète pas, Alaia. C’est vraiment très rare, et il s’agit pour la plupart de châtiments pour des crimes vraiment graves. Tu devrais peut-être rentrer chez toi, tu sembles avoir besoin de te détendre.

— Tu as raison. Je suis un peu désorientée, et puis j’ai faim. On se reverra plus tard !

— J’espère bien ! »

Mes avancées

Bonjour tout le monde!

En ce moment, je développe quelques idées autour de l’apprentissage d’Alaia. C’est l’occasion de découvrir des persos intrigants, parmi lesquels des prêtresses d’Astarté complètement barrées, un dresseur d’animaux très ombrageux, et une servante dotée d’une trèès grande gueule… vivi, y a tout ça :)

Pour l’heure, je vous invite à retrouver Charid dans un extrait un peu sombre, pour public averti. Notre jeune membre de la garde tout frais émoulu n’oublie pas à quel dieu il doit la vie et se concentre sur sa vengeance:

« La musique était particulièrement désagréable ce soir. Un chanteur abyssinien accompagné de flûtistes piaillait d’une voix aiguë une soi-disant chanson d’amour. Garus grinça des dents. Le Mulet était bondé, comme d’habitude, et en plus du bruit, une odeur de sueur et de crasse flottait dans la salle confinée. Ces jours-ci, la taverne était investie par une armée de marins de tous bords.
Garus jeta les dés sur la table, plein d’espoir. Six, six, six… je veux un putain de six ! Le score s’afficha, désespérément insuffisant.
— Trois ! Ben mon gars, t’es pas en veine, ce soir ! tonna le gros Atem d’une voie joviale.
Fait chier !
Les quatre joueurs éclatèrent de rire. Garus s’empara de sa coupe de bière tiède et la vida d’une traite. Il avait déjà perdu sa bague et quatre deben de cuivre. Il cogna de son poing massif sur la table.
— J’arrête là, ou je vais finir à poil…
— Ben alors, ça rapporte pas assez de dépouiller les honnêtes gens ? plaisanta Dion, un nain à la peau mate et aux cheveux blonds, en jouant avec les dés de ses mains minuscules.
Garus renifla.
— Tu parles, tout ce que je gagne, je viens le dépenser ici avec vous, bande de salauds ! Non, cette fois, je me barre.
— À demain ! répondit le marin.
Garus se dirigea vers la sortie. Une fois sur le pas de la porte, il rentra la tête dans les épaules et s’enveloppa dans son manteau. Une pluie torrentielle crépitait sur le sol.
— C’est bien ma veine ! Putain de soirée…
— Tu as un problème, mon chéri ? demanda une voix douce derrière lui.
Il se tourna, méfiant. Une jeune femme l’avait rejoint. Brune, les cheveux en bataille, des cernes bleuâtres, mais l’œil pétillant. Elle le salua d’un sourire évocateur, les mains sur les hanches. Garus admira sa poitrine dénudée ; pour un peu il en aurait salivé.
— J’ai jamais de problème avec les jolies filles, moi.
— J’aime ça, répondit-elle avec malice. Dis-moi, tu rentrais te coucher ?
À vrai dire, Garus en avait bien l’intention. Cela faisait trois nuits qu’il jouait — et perdait — aux dés avec des gens qu’il ne connaissait pas. Toutefois, devant la perspective d’un moment agréable, le sommeil s’éloignait facilement.
— Pourquoi, ma belle ? Tu veux quelque chose ?
— Je t’ai pas mal observé. Tu m’as l’air d’un homme de moyens. Je te fais ce que tu veux en échange d’un copieux repas. Tenté ?
Il toussota et désigna la ruelle.
— T’as envie de faire ça ici ?
— Tu plaisantes ? Sous cette pluie de Seth ? Non, mon taureau. J’ai un abri si tu préfères.
Elle lui tendit la main. Garus la contempla un instant dans la pénombre, hésitant, et finalement la saisit. Un peu de chaleur ne serait pas de refus. Leurs pieds s’enfoncèrent dans la boue des rues. Peu de gens traînaient encore dehors par ce temps. La nuit promettait d’être calme.
— Comment tu t’appelles ?
Comme elle tremblait, il l’abrita sous son manteau, savourant le contact de son corps mince contre le sien. Elle était un peu maigre, presque évanescente dans les bras du colosse.
— Delia.
Elle désigna sa joue brûlée et mal cicatrisée.
— Comment tu t’es fait ça ?
— Une rencontre malheureuse avec une torche… éluda Garus.
Delia le conduisit jusqu’à une petite grange, pas si loin du Mulet. De la paille humide jonchait le sol, et quelques vieux tonneaux vides y avaient été abandonnés.
— Bienvenue dans mon palais, dit-elle triomphante. Comme tu le vois, la paillasse est changée de frais !
— J’ai connu pire, murmura Garus pour ne pas la vexer.
La femme se frotta contre lui et lui ôta son manteau. Elle attrapa une chaîne en bronze accrochée au cou de Garus et le tira vers la couche de fortune.
— On peut dire que t’es pas timide, toi…
Il se tourna, alerté par un bruit derrière la porte. Un poing s’écrasa sur son visage, et il tituba, les mains sur son nez éclaté.
— Oh, putain ! Jura-t-il
Il leva les yeux, distingua le bâton se dirigeant vers son crâne, ressentit le choc, et s’effondra comme une poupée de chiffon.
Charid se pencha sur Garus, les mains crispées sur son gourdin. Il respirait encore.

[…]

Garus avait mal au crâne. La pluie s’abattait sur lui et il était transi. Des sons stridents résonnaient dans ses oreilles, implacables. Oh, j’ai la gueule de bois… Il ouvrit péniblement un œil. Il se souvint de cette fille… Delia…
— Delia !
Il voulut se dresser mais en fut incapable. Des liens le maintenaient fermement. En un éclair, il se revit dans la grange en compagnie de la catin.
— Salut Garus, dit une voix grave et éraillée.
Le bandit chercha son geôlier du regard. Dans l’obscurité il distingua sa silhouette musclée sous un plastron de cuir et un casque. L’oiseau de proie sur le torse attira son attention.
— T’es un putain de garde ? Mais qu’est-ce que tu fous ? Tu veux quoi ?
L’homme s’approcha lentement et s’accroupit à côté de Garus. Il enleva son heaume et dévoila son visage encore juvénile, légèrement grêlé. Des mèches brunes trempées de pluie se collaient à son front.
— Tu te souviens de moi, Garus ?
— Je devrais ?
Un poing ganté lui lacéra la pommette et Garus cria.
— Putain, mais je t’ai rien fait, je te connais même pas ! C’est quoi, ton problème ?
[…]
Charid le souleva par le col :
— Ne joue pas à ça, Garus ! Tu te souviens de moi ?
— Je te promets que non, allez, calme-toi, et dis-moi ce que tu veux ! Une dette ? C’est ça, je te dois quelque chose ? Je peux te payer, mon gars !
Charid plongea ses yeux noirs dans les siens. Une profonde déception l’envahit. Il ne se souvient pas… il ne se souvient même pas !
— Dis-moi juste une chose, Garus : où est passé Thémis ?
— Thémis ?… quoi Thémis ?
Cette fois Charid perdit patience, et frappa à plusieurs reprises. La lèvre inférieure et le nez éclatés, Garus gémit.
— Où est Thémis ? Demanda à nouveau Charid.
— J’en sais rien ! Je te jure ! Il… a raté une belle occasion, il a dû se barrer ! Je sais pas moi !
Charid le lâcha dans la boue et se redressa. Il fit quelques pas pour apaiser sa rage. Garus l’observa, le corps tendu à l’extrême.
— Écoute, je le connais pas moi, Thémis. Si tu as un problème avec lui, je peux pas t’aider.
[…]
Garus commença à comprendre où le jeune homme voulait en venir. Mais ce dont il parlait remontait à plus de six mois, et le bandit avait vu passer tellement de nuits semblables.
— T’es le gamin… celui qui respectait pas les ordres ? Qu’est-ce t’as fait à Kloros ?
— La mémoire te revient on dirait. T’en fais pas, tu le sauras vite.
— Comment tu as fait ? On t’a tué !
[…]
— J’ai cru que j’allais mourir, Garus. Je l’ai cru dans le repaire, quand vous vous êtes acharnés contre moi. Puis je l’ai cru en tombant dans le fleuve. Mais il s’est passé quelque chose ce soir-là. J’ai prié très fort pour avoir l’occasion de me venger. Et tu sais quoi ? Neilos m’a entendu, et m’a sauvé la vie. Depuis, j’ai pris mon temps. Vous ne m’avez pas loupé… (il s’accroupit et sortit une dague courbe) J’ai bien failli perdre l’usage de la parole à cause de toi. Ce n’est pas grave. Le corps guérit toujours, l’âme en revanche…
— Petit, j’avais rien contre toi, dit Garus, on me paye pour faire ça ! La Confrérie me demande de faire bien pire tous les soirs, je…
La dague se planta brusquement dans l’articulation de son genou, interrompant ses explications dans un râle de souffrance.
— Ça va Garus. Tu n’as pas à te justifier. Je n’ai pas besoin de connaître tes raisons. Tout ce que je veux, c’est rembourser ma dette. Je me suis juré d’offrir mes bourreaux au Neilos, en remerciement pour son aide. Donne-moi Thémis, et je ferai en sorte que ça aille vite.
— Je sais pas où il est, pleurnicha Garus, je te le jure ! Plus personne ne l’a vu depuis des mois ! Laisse-moi partir, je t’en supplie !
Charid commençait à trouver la situation grotesque. Il s’était imaginé une terrible vengeance, s’abattant sur ses ennemis tel un jugement divin. Mais plus il observait le visage ravagé de Garus, moins il s’amusait. Ce salaud n’éprouvait aucun regret, aucun remords. Jamais il n’avait repensé à ses actes. Il l’avait tout simplement oublié. Où était le plaisir alors ? »

 

Présentations

Comme j’ai eu ma dose de :chocolat: , voici un extrait pour le week-end! :)

Alaia est donc arrivée chez Nessato, qui elle-même vit au temple d’Astarté. Afin de pouvoir commencer son apprentissage au sein de la Maison de Vie, elle doit être présentée aux responsables du culte. La première rencontre laisse entrevoir que sa maîtresse ne s’entend pas fondamentalement avec tout le monde et respecte fort peu les prérogatives de certaines. Un peu de saine rivalité ne fait jamais de mal, n’est-ce pas? :sifflote:

« Elles gravirent quelques marches et passèrent sous le portique de la Maison de Vie. Alaia admira au passage les fines gravures ornant les colonnes : des femmes seulement vêtues de capes de plumes, en train de danser sous un soleil rayonnant. Nessato ne lui laissa guère le loisir de les examiner, elle la poussa doucement à l’intérieur.
Un couloir ouvert sur deux pièces à droite et à gauche les accueillit. Nessato le traversa pour monter un escalier éclairé de torchères. Un parfum d’encens et d’huile flottait dans l’air, et des voix posées et studieuses résonnaient depuis les salles du rez-de-chaussée. Alaia n’avait eu le temps que d’y entrapercevoir des silhouettes vêtues de blanc. […] L’escalier les mena dans un autre couloir, lui même aboutissant sur une large porte dissimulé par un rideau transparent. La lumière du jour s’en échappait, comme si la pièce était baignée de soleil. Alaia sur les talons, Nessato franchit le seuil d’un pas décidé, faisant irruption dans la salle sous les yeux médusés d’une femme. Assise derrière une table rectangulaire, elle resta interdite, un papyrus à la main. Plantureuse, brune de peau et de cheveux, elle approchait la quarantaine, un âge respectable, et portait une robe blanche à manches serrées, ornée d’un lourd collier d’or couvrant ses épaules. Ses sourcils se froncèrent au-dessus de son nez busqué, et la colère brilla dans ses prunelles marron.
— Je ne t’attends pas, se borna-t-elle à dire.
— C’est normal, Sebebess, je ne suis pas là pour te voir.
— Gardienne Sebebess… corrigea froidement la femme. Sans motif valable, tu n’as rien à faire ici.
— Où se trouve Sak’Hathor ?
Les mains posées sur la table, Sebebess toisa la houri. Alaia retint son souffle devant la tension palpable dans l’air. La prêtresse se leva lentement, ménageant son effet.
— Tu n’as aucune raison de l’importuner… Elle n’est pas à ta disposition, Nessato !
Cette dernière sourit en repoussant ses tresses dans son dos.
— Tu fais erreur. Dame Sak’Hathor a expressément demandé à me voir. Tu n’étais pas informée ? s’enquit-elle avec onctuosité.
Les lèvres pincées et le menton arrogant, la gardienne frappa dans ses mains. Quelques instants plus tard, un gracieux jeune homme vêtu d’un long pagne blanc et de sandales en corde entra par une porte adjacente. De courtes nattes ornées de perles multicolores voletaient autour de son visage.
— Intendante Sebebess, que puis-je faire pour toi ?
Il s’inclina devant la houri et joignit ses poings sur son torse finement sculpté. La prêtresse l’interrogea sans ambages :
— La vénérable Sak’Hathor aurait demandé à la voir ? Pourquoi ne pas être passée par moi, Ehotep ?
Un étonnement sincère — ou remarquablement feint — se lut dans les yeux verts du jeune homme.
— Intendante, je suis navré. Il y a erreur. Notre vénérable a réclamé l’enfant.
Il désigna Alaia de la main. Sebebess la considéra avec circonspection, un sourcil levé, comme si elle venait de remarquer sa présence. Derrière Nessato, l’objet du malentendu faisait son possible pour disparaître, art qu’elle maîtrisait à la perfection.
— Que signifie ? Qui est-ce ?
Nessato amena Alaia devant elle. Intimidée, celle-ci joua nerveusement avec une de ses mèches cuivrées.
— Mon apprentie, Alaia.
— J’ignorais que tu comptais transmettre ton savoir, Nessato. Se pourrait-il que tu aies acquis un peu de maturité ? (elle dévisagea Alaia avec sévérité) Je suis l’intendante Sebebess, jeune fille. Je porte aussi le titre de Gardienne de la Flamme. C’est moi qui m’occupe de l’intégration des nouvelles venues, ainsi que de tout ce qui a trait à la gestion du temple.
Elle s’approcha de la petite et s’immobilisa, impassible. Après quelques instants, elle s’impatienta devant le mutisme de l’enfant. Curieusement, ses reproches s’abattirent sur Nessato.
— Tu dois lui apprendre les usages ! saluer en est un ! D’où la sors-tu ?
— De prison, répondit Nessato en riant. Je ne m’inquiète pas pour le protocole, vous saurez le lui inculquer dans cette maison. »

Je me suis dit que quelques présentations vous aideraient à mieux appréhender l’endroit où Alaia va passer un p’tit moment. J’aime bien inclure des tranches de vie dans l’histoire, j’espère que ça ne vous saoulera pas trop :ronge:

Challenge semaine 13

Hello,

les nouvelles du jour: Alaia commence son apprentissage, donc elle ne sera pas dispo aujourd’hui, trop de boulot! :hihihi:

Du coup, aujourd’hui, on part en promenade à Akhaba, dans la tour du Croissant d’Argent, retrouver Andros Andros, la force du fruit :sifflote: . Cela faisait quelques années qu’on avait plus de nouvelles. De son côté, l’apprentissage est fini, il est un mage à part entière. Sauf que c’est pas la joie pour autant; ses rêves persistent, ils sont de plus en plus forts, et l’attitude de son maître ne fait qu’accroître les inquiétudes du jeune homme. Après un énième cauchemar (que je ne vous raconterai pas ici :spoiler: ), il décide de se confier à Arpanispal. La conversation va prendre une tournure déplaisante:

« Andros se redressa dans sa couche, en sueur. Il poussa un cri de rage, et frappa le montant de son lit. Les cheveux collés au front, il reprit son souffle, étonné de la violence de sa colère.
— Pourquoi suis-je le seul à voir ça ? se lamenta-t-il.
Combien de fois avait-il posé cette question ? Des centaines, peut-être. Il devait faire avec, hélas. Les rêves étaient propres à chacun, répétait Arpanispal, et seul Andros pouvait en modifier l’issue.
Torse nu, ses boucles acajou ébouriffées, il s’assit au bord du lit, scrutant les ombres dans sa chambre. Il s’approcha d’une fenêtre et tira le rideau opaque, laissant entrer l’air frais dans la pièce. Les premiers rayons du soleil le rassurèrent, ils allaient bientôt rosir le ciel et chasser la nuit.
Il repensa à son rêve, mais déjà celui-ci s’effilochait dans son esprit. Il se lava le visage dans une cuvette d’eau tiède. Il frissonna devant son reflet ; pâle, les yeux cernés, la joue creuse. Son maître l’avait prévenu que ce serait difficile. Andros n’avait pas imaginé à quel point. Des années de labeur, de concentration. Des semaines entières de jeûnes et d’ascèse. Ses efforts l’avaient élevé dans la hiérarchie de la tour, mais ne résolvaient pas son problème. Le songe qui hantait ses nuits demeurait sibyllin. C’était très frustrant. L’ordre n’avait nul besoin d’un Clairvoyant incapable d’interpréter ses visions !
Il soupira tristement en se vêtant. Une robe de soie bleue avait remplacé sa vieille tunique grise d’apprenti. Maigre consolation devant son incompétence. Il ferma les paupières, dans une nouvelle tentative pour rassembler les pièces de son rêve. Mais seule l’image brûlante de la reine apparut. Rousse, incandescente, sublime. Il chassa un flot de pensées inconvenantes de son esprit. La chasteté était de rigueur au sein de l’ordre. La déesse s’en moquait; elle éveillait en lui des pulsions en le toisant de ses grands yeux bleus, un sourire enjôleur aux lèvres. Où était-ce autre chose? Était-ce de nouveau cette fille?
— Ah, les femmes! pesta-t-il en bouclant son ceinturon.
Il devait en parler à Arpanispal, et faire en sorte que le vieil homme l’écoute. Il quitta sa chambre et monta directement au sommet de la tour. Sans surprise, Arpanispal s’y trouvait. Son bol de tisane froide était toujours sur la table, intouché. Depuis combien de temps ne dormait-il plus ? Andros l’examina avec inquiétude. Il avait tant changé. Pas physiquement, non. Mais son esprit vacillait. Depuis des mois, le vieux sorcier ne l’aidait plus. Perdu dans les étoiles, il parlait tout seul, à voix basse. Parfois, Andros le voyait effleurer avec tendresse cette horrible tiare d’ivoire éternellement posée sur son front. Il l’avait toujours connu arborant cette couronne de cornes dont l’une manquait, brisée à sa base.
Le jeune homme s’approcha et rajusta le manteau bleu sur les épaules d’Arpanispal. Celui-ci sursauta et le regarda un instant, hébété. Puis, il lui sourit sous sa barbe noire.
— Andros… sans cesse à t’inquiéter.
— Bien sûr, maître.
— Je sais pour quelle raison tu es ici.
— Vraiment ? Alors pourquoi ne m’aides-tu pas à y voir clair ? J’ai besoin de toi. Mes visions sont chaque jour plus violentes.
Arpanispal se leva lentement. Malgré les années, il était toujours plus grand qu’Andros. Ses yeux rougis de fatigue se posèrent sur la lentille.
— Je ne peux pas, mon garçon. Certaines lignes de vie ne doivent pas être altérées. Parfois, il faut se contenter d’observer le changement sans intervenir.
— Comment ? Je croyais pourtant que tu voulais qu’on se prépare. C’est pour cela que tu m’entraînes depuis tant d’années. Pour lutter contre l’ombre qui s’étend !
Arpanispal tritura sa couronne en penchant la tête.
— Il ne peut pas… il est trop jeune, trop pur…
— À qui parles-tu, Maître ? demanda doucement Andros.
— Tu ne peux pas empêcher l’éveil, Andros. Tu ne dois pas le faire. Ne comprends-tu pas ? Le Dieu Noir s’adresse à toi ! Tu dois l’écouter ! »
Si vous êtes tout plein à me le demander, je mettrai peut-être la suite en ligne, à voir! ;)

Challenge semaine 12 ( Alaia et Nessato)

Bon, j’ai pas mal avancé mine de rien. J’ai plein de petites gouttes de mercure qui n’attendent que d’être amalgamées ^^. En réalité, une fois les scènes du temple mises en ordre, il ne me manquera qu’une fin digne de ce nom, donc je suis plutôt contente!Commençons par le début: Alaia vient d’arriver chez dame Nessato grâce à l’intervention de Taleb. Sa maison se trouve dans l’enceinte du temple d’Astarté. (vous apprendrez pour quelle raison elle y est invitée plus tard). Cet extrait (inédit, je le précise!)montre que si Alaia ne sait pas à quelle sauce elle va être mangée, sa maîtresse n’en mène pas large non plus! La jeune fille n’est pas tout à fait le genre d’élève qu’elle s’attendait à trouver! ;)

« Après une séance d’ablutions plus agréable que la veille — Luxatari se dispensant de la récurer comme un vieux chaudron — Alaia se vêtit. La robe lui découvrait les bras et tombait élégamment jusqu’à ses chevilles. Elle tourna sur elle-même comme si elle portait des atours royaux, s’attirant un coup d’œil condescendant de la servante. Coiffée d’une simple tresse jetée sur son épaule, elle suivit Karnarin dans le séjour.
La maîtresse de maison l’y attendait, parée d’une robe en lin si fin qu’il était transparent, agrémentée d’une résille d’or. Installée telle une reine dans un large fauteuil tourné vers les jardins, elle dégustait une infusion, les yeux mi-clos. Alaia admira le fard qui auréolait ses paupières. Elle-même n’avait jamais porté de maquillage, mais souvent envié les dames qui en arboraient. À présent, les prostituées peinturlurées de son souvenir faisaient pâle figure…
— Tu es tellement belle ! laissa-t-elle échapper.
Flattée, la femme sourit en inclinant la tête.
— Je te remercie, Alaia. J’espère que tu as passé une douce nuit. Il est parfois délicat de trouver ses repères dans un endroit étranger.
— Je… oui, ça va. Ma chambre est parfaite. Mieux que l’ancienne, avec les cafards !
— J’imagine sans peine ! Installe-toi, prend une collation.
Alaia s’assit à une table basse sur laquelle trônaient des fruits, des amandes ainsi que de fines tranches de viande blanche grillée. Son estomac criant famine, elle se rua sur les plateaux et se délecta de leur contenu jusqu’à l’écœurement. Nessato n’émit aucun commentaire ; elle se contenta de l’observer en finissant son infusion. Une fois plus que rassasiée, Alaia se laissa aller en arrière sur une pile de coussins.
— Désolée pour ça, dit-elle d’une toute petite voix. C’était tellement bon !
— Ne le sois pas. Tu es si maigre… Je n’ose imaginer de quoi tu devais te nourrir.
— De rat au blé parfois, quand tout allait bien. Racines, insectes, les jours de disette… ou quand j’étais punie.
Une moue de dégoût froissa le beau visage de la femme.
— Pour tout te dire, c’est la première fois que je rencontre une personne comme toi, dit-elle doucement.
— Une personne comme moi ? Une mendiante, tu veux dire ?
— En effet. Je me demande par où commencer avec toi. Tu ne sais ni lire ni écrire. Tout est à faire ; c’est à la fois excitant et terrifiant.
— Moi, je suis terrifiée, c’est sûr, lâcha Alaia avec un rire embarrassé.
— Je pense que tu aurais tout intérêt à rejoindre la Maison de Vie pour assister aux leçons données aux novices. Tu apprendrais ainsi les bases nécessaires. Je me chargerai du reste.
Alaia posa ses yeux bleus sur Nessato. Les sourcils froncés, elle demanda d’une voix hésitante :
— Au juste, ma dame, qu’est-ce que fait une houri ?
— J’ai envie de te dire qu’il existe autant de réponses à cette question que de houris ! Chacune mène sa barque à sa guise. Généralement, nous endossons le rôle de compagne, de concubine pour des personnes… fortunées et influentes. Des hommes en quête d’une femme raffinée, cultivée, dont la présence à leurs côtés renforcera leur prestige. À Busiris, il y en a quelques-uns prêts à donner de leurs richesses pour jouir de ma compagnie…
— Oh… répondit Alaia d’un ton dubitatif.
— On dirait qu’une question te brûle les lèvres.
— Non, pas une question. Juste… Je n’avais pas l’impression que le capitaine Taleb était à classer parmi les hommes riches et puissants !
Nessato se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas rire. Elle se leva et fit signe à la jeune fille.
— Bon, trêve de bavardages ! éluda-t-elle. Il est temps de te mener à l’école ! »

Challenge semaine 11 (Thémis)

La semaine dernière, j’ai proposé un p’tit extrait mettant en scène le valeureux Thémis et les restes de sa bande. Tous ont décidé de prendre le large, et espèrent rejoindre une caravane de marchands pour aller respirer l’air de la capitale. Ils arrivent au campement de Shur après une journée de marche harassante (oué c’est des citadins les pauvres chéris) et Thémis se montre égal à lui-même :lol:

« […]Les compagnons ne souhaitaient que deux choses, manger, puis dormir. Plusieurs feux brûlaient, et de la viande avait été suspendue au-dessus des braises pour griller. L’odeur alléchante fit gargouiller les estomacs des jeunes gens. À leur approche, un homme souriant les accueillit :
— Bonsoir, voyageurs, envie de goûter à mon mouton ? Allez, je vous en sers une belle part pour seulement cinq pièces de cuivre !
— Il est infect ton mouton, Ospeh ! Venez plutôt vous régaler avec mes volailles ! Elles sont dodues et tendres, pas comme sa carne toute sèche ! cria un vendeur en se glissant entre Ospeh et ses clients affamés.
— Je préfère du mouton, moi…, protesta Azul d’un ton las.
— On va prendre des deux, consentit Thémis, grand prince.
— Voilà, jeune homme, dit Ospeh en lui servant un plateau de viande.
Ce dernier tendit la main, un large sourire sur son visage. Thémis lui donna quelques piécettes. Il procéda de même avec l’autre vendeur. Un rire jaune secoua sa gorge. Payer pour obtenir ce qu’il souhaitait n’était pas dans ses habitudes. Épuisés, les compagnons allèrent s’asseoir près du feu pour festoyer de leurs agapes. La dinde et le mouton étaient succulents, meilleurs que le rat bouilli à-la-Merit. Ils dînèrent en silence, bercés par les bruits du campement. Merit s’endormit, un morceau de viande abandonné sur ses genoux. Nizul l’étendit sur le sol et posa une couverture sur elle.
— Elle nous rapporterait gros ici, dit Thémis. On aurait bien besoin d’or pour le trajet.
— Quoi ? Tu veux rire, j’espère ? S’emporta soudain Nizul.
— C’est bien ce que je pensais, tu y tiens à cette fille. C’est bon, oublie, je plaisantais ! mentit le garçon. »

Mais il s’avère que leur nuit au camp ne va pas être de tout repos! :mouahaha:

« Thémis se perdit dans la contemplation des flammes, appréciant la chaleur qui s’en dégageait. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il devait faire. Jamais il n’avait quitté Busiris, et il ne connaissait personne parmi tous ces étrangers. Chacun ici avait l’air de savoir ce qu’il devait faire, quelle tâche accomplir pour se rendre utile. Lui était complètement désorienté. Il espérait qu’une fois à Luxur, la vie ne serait pas trop différente et qu’il pourrait trouver la gloire manquée de peu. Plus il observait ses compagnons, plus il se disait qu’entouré de tels incapables, il risquait de ne pas aller très loin…
Il s’étira langoureusement sur la couche soyeuse. Des mains douces et tièdes se promenaient sur sa peau nue. Il ouvrit les yeux et contempla le visage d’Alaia penché au-dessus de lui. Elle respirait le calme, un sourire dessiné sur ses lèvres rosées. Sa chevelure rousse s’étalait autour d’elle et vagabondait jusque par terre. Il caressa la joue lisse et tendre puis descendit du bout des doigts le long de sa gorge offerte. Sa peau était brûlante. Elle était si belle…
— As-tu froid ? demanda-t-elle gentiment.
— Un peu. Comment se fait-il que tu sois là ?
— Je vais te réchauffer, mon amour, se contenta-t-elle de répondre.
Mon amour… Quelque chose clochait. Thémis regarda autour de lui. Alaia préférerait être écorchée vive plutôt que de lui donner du « mon amour » ! Elle s’allongea sur lui, le couvrant de son opulente crinière. Celle-ci s’embrasa lentement, répandant une vive lumière. Thémis eut l’impression d’assister au plus beau lever de soleil qu’il ait jamais vu. L’éclat s’amplifia, il entendit des bruits autour de lui. Des cris ! Lorsqu’il ouvrit les yeux, le jour n’était pas encore levé, et il se rappela où il se trouvait. Le campement était en pleine effervescence : les flammes se multipliaient, là où des cavaliers laissaient tomber des torches pour embraser les tentes. Les occupants couraient partout, paniqués, essayant de survivre aux lames des bandits qui s’en prenaient à eux. Thémis bondit en même temps que Nizul.
— Merde ! cria son ami. Aux abris ! »

Challenge semaine 10 (Nessato)

Je suis clairement en retard ici! Toutes mes excuses! :oops:

Ne devais-je pas vous présenter quelqu’un? Il me semble bien, oui. Alors voici pour vous la mystérieuse Nessato!

Cette dame est une courtisane de haute volée qui compte les hommes les plus influents parmi ses amants. Mais il se trouve qu’entre Taleb et elle, le courant passe particulièrement bien :amourbleu:
Je ne mets que la première partie de la scène, la suite se retrouvera peut-être dans le nénuphar rose et noir sur Cocyclics pour béta-lecture, je ne sais pas encore :rougit:

« — Ma Dame, le capitaine sollicite un entretien.
Telle une chatte, la femme ouvrit les paupières et s’étira de tout son long sur sa couche moelleuse. Elle inspira avec délice les dernières volutes d’encens qui parfumaient sa chambre, avant de se redresser doucement.
— Ignore-t-il à ce point mes habitudes, Karnarin ? demanda-t-elle d’une voix encore voilée par le sommeil.
L’esclave sourit, faisant ressortir ses joues rondes.
— Il vient avec un présent, m’a-t-il indiqué.
D’une main fine, Nessato étouffa un bâillement. Elle avait coutume de s’accorder une sieste lorsque la chaleur de la journée devenait aussi écrasante, et ne recevait que très exceptionnellement des visites à cette heure.
— Pour un cadeau de Taleb, je suppose que je peux transiger avec mes habitudes, dit-elle malicieusement. Fais-le patienter, je te prie.
Karnarin s’inclina avant de quitter la chambre. Nessato prit quelques instants pour sortir de sa torpeur. Le dérangement était contrariant, mais après tout le capitaine était un amant de longue date, et un des rares hommes qu’elle considérait comme un ami de confiance. Elle se para d’une superbe robe de lin couleur safran au plissé élégant, et d’un éventail de plumes d’autruche, et se rendit dans son séjour. Taleb y patientait debout, comme toujours. Son casque sous le bras, il lui sourit. Sa barbe impeccablement taillée, ses mains propres et sa cuirasse rutilante amusèrent la maîtresse des lieux. Il s’était fait beau pour elle, et cela lui plaisait. Il se donnait toujours la peine de venir en grande tenue pour lui rendre visite, mais cette fois, il était accompagné : une petite chose crasseuse, aussi maigre qu’un clou, qu’il avait à la hâte couverte d’une étoffe rêche et d’un voile dissimulant sa tête. D’un pas léger, Nessato approcha et embrassa Taleb sur la joue.
— Taleb, mon trésor, tu sais que j’apprécie ta compagnie, mais je ne t’attendais pas si tôt. Que m’amènes-tu là ?
— Pardonne ma venue inopinée, Nessato, mais je devais me hâter. Je sais que tu cherches une apprentie, et je me suis dit que cette enfant te plairait peut-être. Si elle ne fait pas l’affaire, je la reprends avec moi. D’autres personnes la voudront.
Nessato remarqua la contrariété obscurcissant le visage de son amant. Elle lui offrit en retour un sourire enjoué qui fit briller ses yeux noirs.
— Tu es certain que c’est une fille, Taleb ? Je ne distingue rien sous cette couche de saleté. Tu aurais au moins pu la laver avant de venir. Et cette odeur !… D’où la sors-tu donc ?
— Des geôles, ma Princesse. Tu sais que je ne ferai rien pour t’offenser, mais comme je le disais, j’ai dû me dépêcher.
La fillette la dévisagea presque avidement. Nessato était incontestablement la femme la plus élégante et la plus séduisante qu’Alaia avait jamais rencontrée. Sa peau ambrée avait un aspect satiné que ses doigts aspiraient à effleurer. Ses tresses noires émanaient un doux parfum musqué et encadraient un visage encore jeune aux traits harmonieux. Son nez très légèrement busqué lui conférait une forme d’autorité princière, renforcée par de grands yeux insondables et brillants comme de l’onyx. Sa robe plissée coulait autour de son corps souple et dévoilait joliment ses seins, à la dernière mode Kemite. Ses bras fermes étaient ornés de bracelets d’or représentant des serpents. Sa façon de se déplacer était envoûtante, hypnotique. « On dirait une vipère qui ondule sur le sable », admira Alaia. »

 

 

Nouvelle illustration

Bonjour à tous!

Je vous en ai parlé sur Facebook, j’ai une surprise pour vous! Un magnifique travail d’illustration réalisé par Steph pour habiller l’une de mes scènes. Celle-ci s’intitule: le Maître et l’apprenti.  Elle introduit le jeune Andros, vous savez le gamin qui a des visions horribles dans son sommeil, et le patriarche de la tour, Arpanispal. Je suis en train de préparer les personnages, mais en attendant, je voulais partager le décor avec vous.

Donc, la voici, la voilà: la lentille d’observation des mages de l’ordre du Croissant d’argent!

salle_lentille

 

Personnellement, je la trouve parfaite. En plus j’adore les fresques murales ambiance en arrière-plan. L’image est encore provisoire, mais je n’ai pas pu résister! :)

Et vous, elle vous plaît? Je vous invite à retrouver l’extrait pour vous faire une idée!

À bientôt!