Une dame rejoint la galerie

Bonjour à tous,

j’avais dans l’idée de dessiner tous les mâles importants de mon récit avant de m’attaquer aux dames, mais j’ai changé d’avis. Je voulais de la couleur, et j’ai du mal à visualiser les hommes en couleur. Ne me demandez pas pourquoi, aucune raison logique à cela. Donc, je me suis attelée à la maîtresse d’Alaia, Nessato la Houri. Dans mon monde, les houris sont des enchanteresses, des sorcières qui envoûtent leurs « proie » par leur beauté, leur voix, ou leurs gestes. Leur magie leur permet de contrôler les esprits, mais pas seulement. Elles peuvent également modifier leur apparence, voire parfois guérir certaines blessures. On prétend que leur pouvoir leur est transmis par le sang, car les houris seraient les descendantes d’Astarté elle-même. Cela fait un petit moment que je cherche comment représenter Nessato. Je voulais rendre l’aspect soyeux et ambré de sa peau. J’ai utilisé la technique des markers Copic, des feutres dont les couleurs se mélangent très bien pour faire un test. Qu’en pensez-vous? Je l’avais déjà utilisée pour la représenter en compagnie de Taleb, mais cette version là me plaît davantage.

Création d’une galerie dédiée aux personnages

Bonsoir tout le monde!

Je suis officiellement en vacances! Pour fêter cela, je viens de créer sur ce blog une toute nouvelle section entièrement dédiée aux personnages. J’avais pas mal d’illustrations déjà, mais je cherchais une façon cohérente de les mettre en valeur. J’ai prévu une image pour les personnages ( réalisée soit par moi, soit par Steph, mon illustrateur perso :) ) accompagnée d’un morceau choisi du texte. J’espère que vous vous amuserez bien en les découvrant!

Aujourd’hui, je commence par Andros. Après tout, c’est le premier personnage que l’on rencontre, il méritait bien cet honneur :) N’hésitez pas à me laisser vos commentaires, vous êtes les bienvenus!

Visite du temple d’Astarté

J’avance gentiment dans mon challenge, aussi vais-je vous offrir un extrait pour fêter ça!

Le contexte:

Alaia vient de rencontrer la grande prêtresse, une charmante vieille femme qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui a montré un grand intérêt envers la jeune fille. Puis, Alaia s’est fait gentiment congédier pour laisser les « grandes » papoter, ce qui lui donne l’occasion de visiter les alentours et de faire une rencontre pour le moins étonnante.

« Alaia quitta la Maison de Vie pour retrouver la chaleur écrasante de l’extérieur. Le parfum des fleurs porté par le vent la réconforta. Son entretien l’avait laissée dubitative. À bien y penser, personne ne se préoccupait de son avis. Nessato et Sak’Hathor semblaient toutes deux avoir une idée très précise de la manière dont elles allaient gérer sa vie. Comme la Confrérie jusqu’ici, songea-t-elle avec dépit.

Elle marcha à travers les jardins en direction du sanctuaire. Une allée de sphinx semblait surveiller l’accès. Le soleil illuminait leur silhouette féline en calcaire. Continuant son chemin, elle pénétra dans une cour bordée par deux doubles rangées de colonnes, chacune entièrement peinte de fresques rehaussées d’or. Des serviteurs étaient occupés à balayer les dalles. À côté d’eux, un groupe de jeunes gens vêtus de robes blanches devisait sereinement. Huilés et légèrement fardés, ils avaient tous – garçons et filles – le crâne rasé. L’un d’eux, un jeune homme aux traits agréables, menait la conversation et faisait doucement rire ses camarades. Tous prenaient garde à ne pas exprimer leur bonne humeur trop fort, par égard envers la quiétude de l’endroit.

Alaia passa à bonne distance d’eux, craignant d’attirer leur attention. Elle traversa la cour et gravit quelques marches, pour trouver face à elle deux piliers bordant la porte du sanctuaire. Deux gardes en barraient l’accès. Des hommes vêtus de tuniques rouges et d’une cuirasse polie, lances croisées. Ce n’étaient pas des faucons, comprit-elle. Le symbole sur leur armure était le même que sur les oriflammes du temple, une femme ailée dotée d’une couronne. Là devait se trouver la limite des quartiers accessibles aux laïcs. Alaia fit demi-tour et retourna dans les jardins. Elle s’approcha des murs d’enceinte, les examinant avec un œil professionnel. Quelques aspérités permettaient aisément de les escalader malgré une hauteur décourageante de prime abord. Cet édifice ressemblait à une forteresse au cœur de la cité, tout comme la caserne, et l’inquiétant temple de Seth. Néanmoins, vu de près, s’infiltrer dans la demeure de la déesse ne semblait pas relever de l’exploit. Cela ne devait pas les inquiéter. Qui aurait voulu du mal aux serviteurs d’Astarté ? Outre le fait que ce temple abritait les plus séduisantes personnes de la province, les prêtres avaient coutume de soigner les malades et d’aider les femmes à accoucher. Tout le monde les appréciait.

Son oreille attentive perçut le son ténu d’un pas que l’on voulait discret. Elle allait se tourner quand des mains tièdes se posèrent sur ses yeux, lui bouchant la vue. Une voix rieuse s’exclama :

— Surprise !

Alaia retint un geste défensif, son instinct lui soufflant qu’elle n’avait rien à craindre. Elle se tourna pour faire face au jeune homme qu’elle avait vu dans la cour intérieure. Ses sourcils étaient rasés, ce qui rendait son visage plus jeune qu’il ne devait l’être. Il se tenait presque contre elle, et cette proximité la gêna.

— Qui es-tu ? Demanda-t-elle d’un ton neutre.

— Je te retourne la question, beauté parmi les beautés ! Je ne t’ai encore jamais vue par ici.

— Je n’ai pas l’habitude de répondre aux effrontés dans ton genre, répliqua-t-elle avec un sourire en coin.

Il s’écarta d’elle en riant, et fit une courbette :

— Pardonne-moi, si je t’ai effrayée ! Je me nomme Horops, aspirant hémérologue sous les ordres du puissant Hetepep. Me diras-tu comment tu t’appelles, à présent ?

— Alaia.

— Laconique, directe, concise. Une fleur issue du désert, à la beauté sauvage et durable.

— C’est un compliment ?

— Oh oui ! Puis-je me permettre de te demander ce que tu fais ici ?

— Je suis la disciple de Dame Nessato. Elle m’a accueillie chez elle. Je vais étudier là-bas, précisa-t-elle en pointant la Maison de Vie du doigt.

— Incroyable ! Tu vas devenir une houri, alors ? Ma chère, il faudra absolument que nous fassions l’amour tous les deux !

Alaia rougit jusqu’à la pointe des oreilles.

— Pardon ?

— Oui ! On dit que les houris sont de merveilleuses amantes ! Hélas, Nessato ne me regarde même pas dans mes rêves. Alors j’aimerais me donner des chances avec toi, si tu veux bien.

— Tu parles de ça comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

— C’est le cas ! Nous sommes les enfants d’Astarté, nous offrons l’amour, sous toutes ses formes. Personnellement, j’aime bien en recevoir aussi en retour…

— Tu risques d’être déçu.

— Dis-moi, as-tu déjà visité le temple ? Je peux peut-être te servir de guide.

Hésitante, elle l’observa en tentant de contenir son embarras. Elle n’était pas habituée à tant d’exubérance.

— Ne t’inquiète pas, Alaia. Je n’en parlerai plus… pour aujourd’hui ! précisa Horops avec un clin d’oeil.

Il lui prit la main et la ramena vers le sanctuaire. Se faufilant derrière les colonnes, il lui montra les salles de fête où avaient accès les laïcs. Alaia fut étonnée en entrant dans d’immenses pièces vides.

— J’imaginais ça différemment, plus richement décoré.

— Inutile, répondit Horops. Le soir, des orgies monumentales ont lieu ici, pour honorer Astarté. Tu n’imagines pas comme le vin coule à flots, au point de rendre malades les fidèles. Le temple ne va pas investir dans du mobilier coûteux pour le voir ravagé par de l’urine ou du vomi !

— C’est écœurant !

— Peut-être, mais c’est vrai !

Peu de meubles, nota Alaia, mais des peintures et fresques sur toute la surface des murs ; une débauche de couleurs sur les pierres claires de la demeure divine. Elles représentaient des scènes d’amour, parfois de luxure effrayante, impliquant des créatures ailées. Horops lui expliqua qu’il s’agissait des filles d’Astarté, les Érinyes, des femmes sensuelles et démoniaques qui se nourrissaient des passions charnelles. Certaines cérémonies au temple leur étaient dédiées, et à cette occasion un couple copulait jusqu’à la mort, après avoir ingurgité des drogues qui les maintenaient dans un état d’intense excitation.

— Quelle belle mort ! jubila-t-il en souriant.

— Tu es fou, se moqua gentiment Alaia.

— Qui ne l’est pas ici ? Sortons, je n’ai pas le droit de te montrer le naos, mais je vais te montrer les autres bâtiments.

— C’est quoi le naos ?

— La maison de la déesse, là où nous accueillons sa statue. Elle serait contrariée qu’une profane vienne l’y déranger.

Les prêtres les regardèrent passer avec des mines étonnées. Horops fit quelques saluts au passage. Il semblait perpétuellement de bonne humeur. Quelques pas dans les jardins, et ils arrivèrent à l’entrée d’une grande maison presque semblable à celle qu’avait visité Alaia un peu plus tôt. D’étranges symboles décoraient le fronton.

— L’école des mystères… c’est là que nous apprenons les rituels mystiques. J’y étudie depuis deux ans maintenant.

— Tu dois être très savant.

— Je m’applique, dirons-nous.

— Alors la Maison de Vie est là pour préparer les novices, c’est ça ?

— Oui. C’est là que dorment les prêtres, mais aussi là que sont enseignés les fondements de notre culte. Une fois initiés, les novices passent le plus clair de leur temps en prière ou à l’étude.

— Mais alors, que fais-tu là ? Tu n’as pas de travail ?

— Accueillir fait partie du travail. Tu es nouvelle, et tu es seule. Il ne serait pas correct que je te laisse livrée à toi-même.

Le novice mena sa nouvelle amie jusqu’aux murs d’enceinte, par là où elle était entrée. Au-dessus des portes, elle distingua un poste d’observation où deux hommes armés montaient la garde.

— Il y a une cohorte de soldats chargés de veiller à la sécurité du temple, expliqua Horops. Ils sont dirigés par le capitaine Xeraton. Comme il n’y a jamais d’attaques à déplorer ici, on va dire qu’ils servent principalement de garde-chiourmes, tu vois ce que je veux dire ?

— En gros, ils sont là pour éviter que les novices n’aillent se saouler en ville ?

— Exactement ! répondit son camarade en souriant. Leurs quartiers se trouvent là bas, précisa-t-il en montrant une maison de pierres de plain-pied non loin des portes. Je préfère te prévenir au cas où, un jour tu aurais envie de partir en balade.

— Cela arrive souvent ?

— Plus qu’ils l’imaginent en réalité. Mais je ne t’ai rien dit ! Ah oui, il faut aussi se méfier du chien.

— Un chien ? Où cela ?

— Mieux vaut ne jamais croiser son chemin, crois-moi !

— Il est dangereux ?

— Il a déjà blessé plus d’un novice. Viens, suis-moi.

Horops la conduisit vers le quartier des gardes. Alaia sentit peser sur elle des regards appuyés de la part de quelques soldats. Quelques rires graveleux s’élevèrent derrière eux. Soudain, un son différent se fit entendre : des grognements. Le garçon marcha sur la pointe des pieds, et par instinct, Alaia l’imita. Un peu à l’écart, attaché à une épaisse chaîne, un impressionnant molosse noir et luisant était occupé à dévorer une carcasse. Ses crocs blancs écrasaient les os comme de simples brindilles. Il répandait de la bave autour de lui à chaque fois qu’il ingurgitait des lambeaux de chair de son repas. Ses yeux perçants et son museau aplati lui donnaient l’aspect d’un chien issu des enfers de Seth. Ses énormes pattes griffues auraient sans nul doute pu arracher la tête d’un enfant d’un coup. Alaia s’immobilisa.

— C’est Het-Psu, souffla Horops. Il n’y a pas de gardien plus effroyable ici. Il intimide même les gardes.

— Il est épouvantable, souffla-t-elle.

— C’est son rôle, dit une voix grave dans leur dos.

Les jeunes gens se tournèrent dans un sursaut. Un homme mince, aux cheveux auburn ondulés, les dévisagea sans aménité de ses yeux en amande à l’éclat ambré. Alaia se raidit devant la profondeur de son regard. Elle n’aurait pas été surprise de le voir sortir les crocs, tant son aura respirait l’animalité. Il portait la tenue des gardes du temple, une tunique rouge et des cnémides. Il croisa les bras, et Alaia eut l’impression qu’il reniflait l’air ambiant.

— Vous n’avez rien à faire là, les mômes ! Het-Psu a horreur qu’on le dérange pendant son repas…

— Salut à toi, Ashurwan, répondit gaiement Horops, je montrais juste les lieux à la nouvelle. Alaia, je te présente Ashurwan, le dresseur d’animaux, notamment de ce monstre-là !

— La visite s’arrête ici, rétorqua Ashurwan d’un ton froid, dégagez !

Sans se faire prier, Horops et Alaia décampèrent en courant. Ils se cachèrent plus loin, et Horops sourit malicieusement.

— Si le chien est effrayant, son propriétaire n’a rien à lui envier, n’est-ce pas ?

— Ce regard… il transperce. J’ai rarement ressenti ça.

— C’est un excellent dresseur. Il domestique n’importe quel bestiau sans peine.

— Pourquoi le temple a-t-il besoin d’animaux ? Le bétail n’a pas vocation à être dressé.

Horops se racla la gorge.

— Certains rites nécessitent des sacrifices, et la déesse réclame parfois des spectacles… particuliers…( Alaia le regarda sans comprendre, et il leva les yeux au ciel) qui impliquent humains et animaux. Voilà pourquoi le travail du dresseur est essentiel.

Une vague nausée monta à la gorge de la jeune fille. Que faisait-elle dans un endroit pareil ? Sa pâleur alarma Horops.

— Non, mais ne t’inquiète pas, Alaia. C’est vraiment très rare, et il s’agit pour la plupart de châtiments pour des crimes vraiment graves. Tu devrais peut-être rentrer chez toi, tu sembles avoir besoin de te détendre.

— Tu as raison. Je suis un peu désorientée, et puis j’ai faim. On se reverra plus tard !

— J’espère bien ! »

Mes avancées

Bonjour tout le monde!

En ce moment, je développe quelques idées autour de l’apprentissage d’Alaia. C’est l’occasion de découvrir des persos intrigants, parmi lesquels des prêtresses d’Astarté complètement barrées, un dresseur d’animaux très ombrageux, et une servante dotée d’une trèès grande gueule… vivi, y a tout ça :)

Pour l’heure, je vous invite à retrouver Charid dans un extrait un peu sombre, pour public averti. Notre jeune membre de la garde tout frais émoulu n’oublie pas à quel dieu il doit la vie et se concentre sur sa vengeance:

« La musique était particulièrement désagréable ce soir. Un chanteur abyssinien accompagné de flûtistes piaillait d’une voix aiguë une soi-disant chanson d’amour. Garus grinça des dents. Le Mulet était bondé, comme d’habitude, et en plus du bruit, une odeur de sueur et de crasse flottait dans la salle confinée. Ces jours-ci, la taverne était investie par une armée de marins de tous bords.
Garus jeta les dés sur la table, plein d’espoir. Six, six, six… je veux un putain de six ! Le score s’afficha, désespérément insuffisant.
— Trois ! Ben mon gars, t’es pas en veine, ce soir ! tonna le gros Atem d’une voie joviale.
Fait chier !
Les quatre joueurs éclatèrent de rire. Garus s’empara de sa coupe de bière tiède et la vida d’une traite. Il avait déjà perdu sa bague et quatre deben de cuivre. Il cogna de son poing massif sur la table.
— J’arrête là, ou je vais finir à poil…
— Ben alors, ça rapporte pas assez de dépouiller les honnêtes gens ? plaisanta Dion, un nain à la peau mate et aux cheveux blonds, en jouant avec les dés de ses mains minuscules.
Garus renifla.
— Tu parles, tout ce que je gagne, je viens le dépenser ici avec vous, bande de salauds ! Non, cette fois, je me barre.
— À demain ! répondit le marin.
Garus se dirigea vers la sortie. Une fois sur le pas de la porte, il rentra la tête dans les épaules et s’enveloppa dans son manteau. Une pluie torrentielle crépitait sur le sol.
— C’est bien ma veine ! Putain de soirée…
— Tu as un problème, mon chéri ? demanda une voix douce derrière lui.
Il se tourna, méfiant. Une jeune femme l’avait rejoint. Brune, les cheveux en bataille, des cernes bleuâtres, mais l’œil pétillant. Elle le salua d’un sourire évocateur, les mains sur les hanches. Garus admira sa poitrine dénudée ; pour un peu il en aurait salivé.
— J’ai jamais de problème avec les jolies filles, moi.
— J’aime ça, répondit-elle avec malice. Dis-moi, tu rentrais te coucher ?
À vrai dire, Garus en avait bien l’intention. Cela faisait trois nuits qu’il jouait — et perdait — aux dés avec des gens qu’il ne connaissait pas. Toutefois, devant la perspective d’un moment agréable, le sommeil s’éloignait facilement.
— Pourquoi, ma belle ? Tu veux quelque chose ?
— Je t’ai pas mal observé. Tu m’as l’air d’un homme de moyens. Je te fais ce que tu veux en échange d’un copieux repas. Tenté ?
Il toussota et désigna la ruelle.
— T’as envie de faire ça ici ?
— Tu plaisantes ? Sous cette pluie de Seth ? Non, mon taureau. J’ai un abri si tu préfères.
Elle lui tendit la main. Garus la contempla un instant dans la pénombre, hésitant, et finalement la saisit. Un peu de chaleur ne serait pas de refus. Leurs pieds s’enfoncèrent dans la boue des rues. Peu de gens traînaient encore dehors par ce temps. La nuit promettait d’être calme.
— Comment tu t’appelles ?
Comme elle tremblait, il l’abrita sous son manteau, savourant le contact de son corps mince contre le sien. Elle était un peu maigre, presque évanescente dans les bras du colosse.
— Delia.
Elle désigna sa joue brûlée et mal cicatrisée.
— Comment tu t’es fait ça ?
— Une rencontre malheureuse avec une torche… éluda Garus.
Delia le conduisit jusqu’à une petite grange, pas si loin du Mulet. De la paille humide jonchait le sol, et quelques vieux tonneaux vides y avaient été abandonnés.
— Bienvenue dans mon palais, dit-elle triomphante. Comme tu le vois, la paillasse est changée de frais !
— J’ai connu pire, murmura Garus pour ne pas la vexer.
La femme se frotta contre lui et lui ôta son manteau. Elle attrapa une chaîne en bronze accrochée au cou de Garus et le tira vers la couche de fortune.
— On peut dire que t’es pas timide, toi…
Il se tourna, alerté par un bruit derrière la porte. Un poing s’écrasa sur son visage, et il tituba, les mains sur son nez éclaté.
— Oh, putain ! Jura-t-il
Il leva les yeux, distingua le bâton se dirigeant vers son crâne, ressentit le choc, et s’effondra comme une poupée de chiffon.
Charid se pencha sur Garus, les mains crispées sur son gourdin. Il respirait encore.

[…]

Garus avait mal au crâne. La pluie s’abattait sur lui et il était transi. Des sons stridents résonnaient dans ses oreilles, implacables. Oh, j’ai la gueule de bois… Il ouvrit péniblement un œil. Il se souvint de cette fille… Delia…
— Delia !
Il voulut se dresser mais en fut incapable. Des liens le maintenaient fermement. En un éclair, il se revit dans la grange en compagnie de la catin.
— Salut Garus, dit une voix grave et éraillée.
Le bandit chercha son geôlier du regard. Dans l’obscurité il distingua sa silhouette musclée sous un plastron de cuir et un casque. L’oiseau de proie sur le torse attira son attention.
— T’es un putain de garde ? Mais qu’est-ce que tu fous ? Tu veux quoi ?
L’homme s’approcha lentement et s’accroupit à côté de Garus. Il enleva son heaume et dévoila son visage encore juvénile, légèrement grêlé. Des mèches brunes trempées de pluie se collaient à son front.
— Tu te souviens de moi, Garus ?
— Je devrais ?
Un poing ganté lui lacéra la pommette et Garus cria.
— Putain, mais je t’ai rien fait, je te connais même pas ! C’est quoi, ton problème ?
[…]
Charid le souleva par le col :
— Ne joue pas à ça, Garus ! Tu te souviens de moi ?
— Je te promets que non, allez, calme-toi, et dis-moi ce que tu veux ! Une dette ? C’est ça, je te dois quelque chose ? Je peux te payer, mon gars !
Charid plongea ses yeux noirs dans les siens. Une profonde déception l’envahit. Il ne se souvient pas… il ne se souvient même pas !
— Dis-moi juste une chose, Garus : où est passé Thémis ?
— Thémis ?… quoi Thémis ?
Cette fois Charid perdit patience, et frappa à plusieurs reprises. La lèvre inférieure et le nez éclatés, Garus gémit.
— Où est Thémis ? Demanda à nouveau Charid.
— J’en sais rien ! Je te jure ! Il… a raté une belle occasion, il a dû se barrer ! Je sais pas moi !
Charid le lâcha dans la boue et se redressa. Il fit quelques pas pour apaiser sa rage. Garus l’observa, le corps tendu à l’extrême.
— Écoute, je le connais pas moi, Thémis. Si tu as un problème avec lui, je peux pas t’aider.
[…]
Garus commença à comprendre où le jeune homme voulait en venir. Mais ce dont il parlait remontait à plus de six mois, et le bandit avait vu passer tellement de nuits semblables.
— T’es le gamin… celui qui respectait pas les ordres ? Qu’est-ce t’as fait à Kloros ?
— La mémoire te revient on dirait. T’en fais pas, tu le sauras vite.
— Comment tu as fait ? On t’a tué !
[…]
— J’ai cru que j’allais mourir, Garus. Je l’ai cru dans le repaire, quand vous vous êtes acharnés contre moi. Puis je l’ai cru en tombant dans le fleuve. Mais il s’est passé quelque chose ce soir-là. J’ai prié très fort pour avoir l’occasion de me venger. Et tu sais quoi ? Neilos m’a entendu, et m’a sauvé la vie. Depuis, j’ai pris mon temps. Vous ne m’avez pas loupé… (il s’accroupit et sortit une dague courbe) J’ai bien failli perdre l’usage de la parole à cause de toi. Ce n’est pas grave. Le corps guérit toujours, l’âme en revanche…
— Petit, j’avais rien contre toi, dit Garus, on me paye pour faire ça ! La Confrérie me demande de faire bien pire tous les soirs, je…
La dague se planta brusquement dans l’articulation de son genou, interrompant ses explications dans un râle de souffrance.
— Ça va Garus. Tu n’as pas à te justifier. Je n’ai pas besoin de connaître tes raisons. Tout ce que je veux, c’est rembourser ma dette. Je me suis juré d’offrir mes bourreaux au Neilos, en remerciement pour son aide. Donne-moi Thémis, et je ferai en sorte que ça aille vite.
— Je sais pas où il est, pleurnicha Garus, je te le jure ! Plus personne ne l’a vu depuis des mois ! Laisse-moi partir, je t’en supplie !
Charid commençait à trouver la situation grotesque. Il s’était imaginé une terrible vengeance, s’abattant sur ses ennemis tel un jugement divin. Mais plus il observait le visage ravagé de Garus, moins il s’amusait. Ce salaud n’éprouvait aucun regret, aucun remords. Jamais il n’avait repensé à ses actes. Il l’avait tout simplement oublié. Où était le plaisir alors ? »